COP 28: Les premiers engagements du fonds des pertes et dommages

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Par Houmi Ahamed-Mikidache

Lors de la cérémonie d’ouverture des pourparlers des Nations Unies sur le climat, une partie des délégués de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ont présenté leurs premiers engagements. « C’est un signal positif pour le monde et pour notre travail à Dubaï », souligne le président de la COP 28, Sultan Al Jaber.

« 423,1 millions de dollars américains promis »

Les Émirats arabes unis s’engagent à verser 100 millions de dollars pour le fonds. Les États-Unis d’Amérique, 17,5 millions de dollars US, l’Allemagne 100 millions de dollars US, le reste de l’Union européenne, environ 145,6 millions de dollars US et le Japon 10 millions de dollars US. Cela porte le total du fonds à 423,1 millions de dollars américains. Et les accords de financement à 32 millions de dollars américains et d’autres engagements seront annoncés dans le sommet des chefs d’État, indiquent des négociateurs du Sud.

« Ce Fonds soutiendra des milliards de personnes, de vies et de moyens de subsistance particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, je tiens à remercier mon équipe pour tout le travail qu’elle a accompli pour rendre cela possible le premier jour de la COP28. Cela prouve que le monde peut s’unir, agir et réussir « , se félicite Al Jaber.

Sultant Al Jaber- Président de la COP28

L’année dernière, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP27) s’est conclue sur une décision historique, suite à une longue et difficile bataille menée par les pays en développement. La décision intègre la nécessité d’établir une nouvelle entente de financement. Cela implique des arrangements de financement plus vastes pour mobiliser des fonds supplémentaires pour faire face aux pertes et aux dommages.

Les exigences

« Ce fonds ne devraient pas reproduire les modèles de financement habituels, mais plutôt assurer un nouveau financement accessible, supplémentaire, adéquat et substantiel sous forme de subventions pour nous permettre de récupérer, reconstruire et réhabiliter nos pays suite à des événements extrêmes et à des évolutions lentes », réclame Madeleine Sarr, présidente du groupe des pays les moins avancés, un groupe de 46 pays.

L’an dernier, la décision a établi un comité de transition. Son rôle était d’opérationnaliser le fonds pour pertes et dommages et de faire des recommandations à la présidence de la COP 28. Pour Richard Sherman, d’Afrique du Sud, co-animateur du Comité de transition, les négociations des derniers mois ont été difficiles, mais leurs recommandations ont finalement été approuvées, malgré le mécontentement de la société civile.

« D’une part, les pays riches ont fait pression pour que la Banque mondiale accueille ce Fonds sous prétexte d’assurer une réponse rapide. À l’inverse, ils ont tenté de diluer leurs obligations financières et ont résisté à la définition d’une échelle claire de mobilisation financière. L’absence d’un cycle de reconstitution défini soulève de sérieuses questions quant à la viabilité à long terme du Fonds », déclare Harjeet Singh, chef de la stratégie politique mondiale à CAN international, une organisation non gouvernementale mondiale. Sur Your Voice à la radio Era Environnement, Fadhel Kaboub, expert de Power Shift africa soulève également des préoccupations.

Une reconnaissance pour les pays en développement

Oxfam se félicite de l’achèvement du Fonds pour pertes et dommages et attend maintenant des contributions financières. Après l’approbation, l’année dernière, du principe d’un Fonds pour les pertes et préjudices durement combattu, les États se sont mis d’accord au début de cette COP 28, le jeudi 30 novembre, sur les modalités concrètes de ce fonds, qui sera accueillie à titre transitoire par la Banque mondiale et devrait être éligible pour tous les pays en développement, relève cette organisation non gouvernementale. La banque accueillera le fonds pour une période intermédiaire de 4 ans.

Ministre de l’environnement de la RDC-Eve Bazaiba@eraenvironnment

« Je tiens à féliciter la présidence pour la décision prise dans un court délai pour la création du Fonds de réponse au changement climatique. Cependant, nous voulons faire valoir que ce fonds permettra aux pays victimes des effets néfastes du réchauffement climatique d’être véritablement bénéficiaires et qu’il y aura un assouplissement des mécanismes d’accès à ces financement et une gestion transparente de ces financements», indique la ministre de l’Environnement de la République démocratique du Congo, Eve Bazaiba.

Pour Nate Warszasw, chercheur associé au World Research Institute (WRI), un organisme mondial de recherche à but non lucratif, le fonds pour pertes et dommages est une reconnaissance pour les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés, en particulier. « Avec ce fonds, il y aura une bonne répartition. En 2021, les petits États insulaires n’ont atteint que 2 % du financement climatique », souligne-t-il.

Déléguée de Vanatu-@eraenvironnement

La déléguée de Vanatu, à la voix timide exprime sa joie empreinte d’émotions. « Ma sincère gratitude aux pays en développement qui se sont engagés à financer ce mécanisme important, que mon pays demande aux côtés d’autres états depuis une trentaine d’années », rappelle la déléguée de Vanuatu en plénière, et souligne que son pays est l’un des plus vulnérables au monde, généralement touché par les cyclones.

Pour Warszasw, le Vanuatu est le seul pays qui a comptabilisé les pertes et dommages dans leurs Contribution déterminées nationales et a détaillé spécifiquement ce qu’ils attendent de leurs contributions nationales déterminées (CDN). Ces éléments seront donc importants dans l’évaluation du Bilan Mondial pendant ces deux semaines. David Waskow, Directeur de WRI, rappelle que le Bilan mondial fait le point sur l’évolution des États pour atteindre l’objectif demandé par la science, mais fournit également des solutions sur les projections et cela est intégré dans les contributions déterminées au niveau national.

Mais qui doit contribuer au fonds?

La réponse n’est pas claire. « Cette question sera analysée dans les prochains mois et les négociations de l’année prochaine porteront sur de nouveaux objectifs de financement climatique », répond le directeur du WRI à Era Environnement.

Mais la question d’un financement rapide a été pourtant soulevée lors de la plénière. « Nous espérons que les engagements pris sous votre direction se poursuivront demain et tout au long de cette période de la COP pour avoir une capitalisation adéquate du fonds pour pertes et dommages afin que cette année, nous voyons ce fonds répondre efficacement aux besoins des communautés affectées, » recommande pourtant le groupe des PMA pendant la plénière. Mais pour le directeur du WRI, il y a eu de grandes avancées. « Le fait que les Émirats arabes unis s’engagent à contribuer au fonds pour les pertes et dommages a été une percée à bien des égards », souligne Waskow.

Pour la représentante de la République du Congo, ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba, ces engagements ne doivent pas éclipser l’engagement pris par les pays historiquemen responsables de la pollution, de contribuer à la lutte contre le changement climatique de 100 milliards de dollars par an, un engagement pris il y a 14 ans », rappelle-t-elle. Le ministre de l’Environnement fait également référence à la responsabilité commune et différenciée définie dans l’Accord de Paris. « Nous savons que la responsabilité est collective et différenciée selon que nous polluons ou non », plaide-t-elle.

« Nous ne voulons pas être à la merci du carbone volontaire »

La ministre de l’environnement du Congo souligne le rôle de son pays et des trois bassins, Amazonie, Congo et Bornéo-Mékong-Asie du Sud-Est, dans la protection de la planète. « Au nom des trois bassins, nous voulons également annoncer notre intention de contribuer à ce fonds, nous sommes des victimes, mais nous avons la réponse, mais cette réponse est conditionnée, nous demandons qu’elle soit enregistrée aujourd’hui en cette journée extraordinaire de la COP 28, que les forêts sont la réponse et que nous les pays forestiers appelons à la révision à la hausse du prix d’une tonne de carbone pour nous permettre de puiser dans ce fonds pour collecter du carbone sur le marché que nous pouvons aider à mobiliser les ressources du fonds pour lutter contre le changement climatique et cela doit nous permettre de financer nos propres projets d’adaptation et d’atténuation et de renforcer la solidarité avec les pays insulaires et désertiques,» explique-t-elle. Et elle conclut :  » Nous voulons intégrer les marchés souverains étatiques au lieu de rester à la merci du marché du carbone volontaire « . L’intégration des pays en développement dans le marché du carbone ne contente pas la société civile.

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