Biopic « Michael » : Le phénotype de l’ambition et le sacrifice de l’identité

Le biopic « Michael » tant attendu du roi de la pop, Michael Jackson, sort en salle ce mercredi. Era Environnement fait partie des médias invités à la présentation du film en amont de sa diffusion.

Une violence incommensurable

Le biopic s’ouvre sur une scène tranchante. Michael Jackson, encore enfant, exulte de fierté après une performance musicale réussie. Son enthousiasme retombe rapidement. Son père l’interrompt brutalement d’un ton sévère. Il lui signifie que le groupe doit s’entraîner. Lorsque Michael émet une objection, la réponse tombe. Elle est cinglante. Des coups de ceinture. La scène est glaçante. Nous sommes dans les années 60. Le destin du futur « King of Pop » vient de se sceller dans la douleur.

Personne ne peut comprendre l’impact des droits civiques sur la vie quotidienne plus profondément que les Jackson 5. Ces exemples montrent comment leurs parents les ont élevés en tant qu’hommes noirs. Ils révèlent aussi comment l’héritage de l’esclavage a forgé la vision parentale de l’Amérique et de ses divisions.

Le biopic aurait pu mettre en lumière l’engagement de Michael Jackson à travers ses chansons phares. Celles qui, plus tard, porteront la lutte des minorités au Brésil avec ‘They Don’t Care About Us’, ou la dénonciation des guerres et de la destruction de la faune et de la flore en Afrique et en Amazonie dans ‘Earth Song’. Mais le film s’arrêtant en 1988, ce fonds musical et ces combats n’apparaîtront peut-être que dans un second volet.

Le phénotype

De Gary à Detroit, la route fut longue et difficile. Mais un jour, Suzanne de Passe, une jeune femme au teint métissé, découvre les Jackson 5 lors d’une séance musicale. C’est une dénicheuse de talents. De Passe joue un rôle majeur dans le biopic. Elle présente le groupe à Berry Gordy, le directeur de la Motown. Elle les soutient, les forme. Sous la direction de cette jeune femme, Michael et ses frères délaissent leur identité noire affirmée. Ils adoptent un comportement doux et compréhensible aux yeux du public blanc. Michael Jackson a alors 10 ans. Berry Gordy lui demande de mentir et de dire à la presse qu’il a 8 ans.

Le phénotype est l’autre élément crucial dans la vie des Jackson. Même si l’acteur jouant le rôle de Joe Jackson, Colman Domingo, n’a pas les mêmes traits que le patriarche des Jackson. C’est une faute, dans un contexte où les traits physiques sont primordiaux dans la vie de Michael Jackson. Quincy Jones, Berry Gordy, Suzanne de Passe, et même son garde du corps, Bill Bray, partagent un phénotype similaire. Ils ont des origines métisses. Pourtant, Michael Jackson n’avait pas ces traits métissés initialement. Son père, ayant du sang mêlé, s’est toujours montré cruel envers l’artiste. Dans le biopic, Joe se moque même de son fils lorsqu’il le voit revenir de sa première opération de chirurgie esthétique du nez.

Le film met en avant la violence du père, mais explique peu qui il était réellement et pourquoi il agissait avec une telle brutalité. Le biopic dépeint différentes périodes de la carrière de Michael Jackson, de 1968 à 1988, se terminant par le début de la tournée Bad.

L’histoire des États-Unis rappelle comment ce traumatisme est né. Un enfant noir, puis un adolescent et un jeune adulte, endure alors une célébrité écrasante. Son phénotype change sous l’effet de la maladie, mais aussi de ses propres choix. Il cherche désespérément l’amour d’un public blanc auquel il n’appartiendra jamais. C’est un détail d’une importance capitale dans la manière dont Michael Jackson se représente lui-même.

Les écrits sur Michael Jackson indiquent que ses multiples chirurgies esthétiques sont le résultat d’une volonté d’effacer les traits de son père. Or, c’est le contraire. En tant que membre d’une famille noire, Michael Jackson relève d’immenses défis pour se faire accepter par les Noirs et par les Blancs. Le biopic suggère discrètement son vitiligo durant son adolescence lors d’une scène de piscine. Sa compréhension de qui il était réellement semble liée à toutes ces figures noires puissantes qu’il a rencontrées depuis son enfance jusqu’à ses débuts célèbres avec Quincy Jones.

Le biopic mesure paradoxalement sa solitude et son besoin de rassembler à travers ses chansons. Sa mère, sa seule confidente, parle profondément et passe ses nuits à regarder de vieux films. Sa relation avec son garde du corps, Bill Bray, ironiquement introduit par son père, est également puissante mais silencieuse. Bill Bray était partout où Michael avait besoin de lui. Lorsqu’il devait affronter la volonté de son père alors qu’il vivait à Encino, Bill Bray l’emmène, à la demande de l’artiste, dans sa voiture pour s’évader dans la nature sans prononcer un mot. Il l’accompagne également acheter des jouets dans un magasin où ils rencontrent de nombreux jeunes fans.

D’où vient son inspiration ?

L’inspiration qui lui a permis de s’imposer vient d’Encino. Il y cultive la beauté naturelle, le désir de loyauté familiale, la peur mais aussi l’évasion grâce à son amour des animaux et de la nature. Son refuge dans la nature était une réponse à un environnement industriel oppressant. Des post-it sur le mur de sa chambre retracent la chronologie des titres et décrivent ainsi le processus de création. Le film souligne son succès et ses relations complexes avec son père après l’ascension fulgurante de l’album Thriller.

L’accident, lors du tournage d’un spot publicitaire, est survenu après qu’il ait remporté le record de l’ album, le plus vendu de tous les temps. Son père l’a contraint à tourner une publicité commerciale. Dans le biopic, le spectateur comprend qu’à l’hôpital, tous ses ennuis ne font que commencer. Après la brûlure au troisième degré, un médecin conseille à Michael de prendre des médicaments.

Pendant son séjour à l’hôpital, il visite des enfants malades et des grands brûlés. Face à la pression, à sa sortie, il entame la tournée Victory Tour avec ses frères. Dans le biopic, sa relation avec ses frères est perçue comme détachée. Il ne partage pas d’échanges approfondis ni de jeux, surtout lorsqu’il atteint l’âge adulte. Ses amis sont les animaux, dont un singe. L’artiste explique avoir voulu le sauver du trafic d’animaux. La scène montrant l’arrivée de l’animal est surréaliste. Il fait appel à toute sa famille pour accueillir l’animal en couche, sorti d’un camion. Sa famille ne semble pas le comprendre, mais laisse faire. Sa mère s’y oppose, mais se rétracte.

La réussite à tout prix

Le film décrit aussi ses ambitions, sa volonté de réussir. Son avocat, John Branca, est omniprésent. Même si le scénario s’écarte de la réalité historique. Branca apparaît dans les salles de réunion lorsque Michael le choisit. Il est chargé d’évincer Joe Jackson du management. Il est présent à l’hôpital après l’accident issu du spot publicitaire. L’avocat est encore présent lorsque le directeur de CBS, Walter Yetnikoff, exige l’introduction du clip de l’artiste sur MTV. Michael Jackson devient ainsi le premier chanteur noir à être diffusé sur la chaîne.

Le biopic, en réalité, se concentre sur le début de carrière de Michael Jackson jusqu’au lancement de la tournée Bad. Il se termine sur Bill Bray annonçant à Joe Jackson que Michael ne travaillera plus avec les Jackson 5, concluant par une inscription à l’écran « Le show doit continuer ». Cela suggère qu’une suite au premier biopic est prévue. Les acteurs étaient incroyables.

Jaafar Jackson jouant le rôle de son oncle a de fortes ressemblances avec Janet Jackson. Mais son jeu d’acteur est réaliste. Il danse très bien, tout comme Juliano Valdi. Deux scènes sont mémorables : celle de l’anniversaire des 25 ans de la Motown et celle de l’audition de Michael enfant face à Berry Gordy avec la chanson ABC. Plusieurs personnages clés manquent à l’appel dans ce film de deux heures. Antoine Fuqua et le producteurs n’intègre ni Diana Ross, ni Janet Jackson, encore moins Brook Shield. Latoya Jackson n’a qu’une phrase.

La controverse liée aux poursuites judiciaires n’a pas été mise en avant. Il a été rapporté que les premières accusations ont été supprimées du scénario. Pourtant, de nombreuses poursuites visent Michael depuis plusieurs années. Même si lors du procès de 2005 toutes les charges retenues contre lui ont été retirées, suite à un acquittement.

Il est essentiel de reconnaître qu’au moment où Michael Jackson décède il ressemble à ce que Toi Derricotte, l’écrivaine américaine, décrirait : « Noir, ma peau blanche ». Il était entouré de ses enfants blancs, ce qui pourrait être lié à ce qu’il désirait devenir lorsqu’il était un jeune artiste.

Au-delà du biopic

La vie et la mort de Michael Jackson devraient être comparées à celle de 2Pac. Les deux hommes se sont battus pour échapper au système et à l’industrie grâce à leur créativité. 2Pac voulait démocratiser la parole en disant la vérité et en rassemblant les Noirs pour qu’ils s’affirment dans une société divisée. Alors que Michael Jackson a d’abord suivi les règles dictées par ses mentors noirs pour ne pas craindre les Blancs en communiquant comme un « Américain blanc », il a atteint un point où il lui était difficile de fixer des limites.

Aujourd’hui, les fortunes de ces deux hommes sont détenues par l’industrie, avec seulement une part pour leurs familles. Bien que le mot « petite » ne soit pas approprié pour l’héritage des enfants Jackson, les observateurs notent que la part prélevée par l’Estate est injuste, comme s’en sont plaints Paris Jackson et la sœur de Tupac concernant l’héritage de son frère.

Alors que leurs paroles aspirent aux formes les plus élevées de la dignité humaine, le poids de l’industrie et la lutte pour l’identité conduisent Michael Jackson et Tupac vers une échappatoire chimique, à travers les médicaments et l’alcool. Cela a changé leur perspective, les éloignant de la liberté qu’ils défendaient autrefois pour les plonger dans une fin solitaire. Cette comparaison n’est pas dans le biopic, mais la description de la vie de Michael Jackson est un parfait exemple de la lutte des Noirs dans l’industrie. Elle rappelle combien il était difficile d’être Noir et célèbre aux États-Unis des années 60 aux années 90.

Michael Jackson reste un précurseur de l’écologie globale. À travers ses clips, il fut l’un des premiers à utiliser la culture de masse pour alerter sur l’urgence climatique. Paradoxalement, Michael Jackson a ouvert la porte des Noirs dans la musique, notamment sur MTV. Mais il s’est enfermé dans une identité non assumée et un mal-être profond.

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In 2013, Houmi Ahamed founded Era Environnement, an independent media platform dedicated to solutions journalism and environmental education. The project has evolved from a non‑profit initiative to an entrepreneurial venture. It is currently undergoing restructuring in France. The goal is to strengthen its mission of supporting youth and communities in ecological transition.

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