Journée mondiale de la presse : la liberté pour la paix
C’est la journée mondiale de la liberté de la presse. Proclamée le 3 mai 1993, cette journée marque un tournant dans la vie des journalistes et de la presse en général. Mais les défis actuels sont colossaux.

Quelles attentes?
Saviez-vous que la Journée mondiale de la liberté de la presse est une réponse à l’appel de journalistes africains en 1991 ? La proclamation du 3 mai fait suite à la publication de la Déclaration de Windhoek en Namibie, deux ans plus tôt. Cette année 1991 marque aussi la fin de l’apartheid (le 30 juin). Avant cette date, la presse était souvent perçue et utilisée comme un outil de propagande. Aujourd’hui, à travers le pluralisme et l’indépendance des médias prônés en Namibie il y a plus de 30 ans, la presse est définit depuis comme libre, diverse et multiple.
Pourtant, plus de trente ans après cet événement historique, les obstacles sont immenses. Les guerres et les crises environnementales et économiques sont récurrentes. En Afrique, à Lusaka en Zambie, cette année, l’UNESCO organise une conférence intitulée » façonner un avenir de paix ». Les attentes sont multiples. Cette conférence veut poser les jalons des piliers essentiels de la paix, de la reprise économique, du développement durable et des droits humains.
Comment avoir une presse indépendante, sans modèle économique viable? Quel apport de l’intelligence artificielle? Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle? Alors que dans les pays du nord, cette question devient problématique, l’UNESCO rappelle que près d’un tiers de la population mondiale reste déconnectée, ce qui restreint l’accès équitable à l’information d’intérêt public.
«Plus de la moitié des pays du monde sont en situation difficile ou grave»
Cette journée est aussi une opportunité d’évaluer la liberté dans le monde. Pour Reporter Sans Frontières, plus de la moitié des pays du monde sont en situation “difficile” ou “grave”. C’est une première dans l’histoire du classement depuis 25 ans. Cinq indicateurs permettent de mesurer l’état de la presse au niveau mondial. Il s’agit du cadre légal en baisse considérable, sécuritaire, politique et social.
D’après RSF, les États-Unis d’Amérique perdent sept places. La Norvège demeure en haut du classement, pour la dixième année consécutive. Tandis que l’Érythrée, pays en perpétuelle guerre est en fin de classement depuis trois ans. Par contre, la Syrie (141e) post-Assad effectue la remontée la plus importante du classement en 2026 (+ 36).
Mettre en avant la protection des journalistes, notamment des femmes journalistes est au centre du programme de la conférence à Lusaka. Il s’agit en effet d’examiner le rôle du journalisme indépendant comme condition indispensable de la confiance, de la compréhension commune, du développement économique et de la sécurité nationale.
Ce rôle est d’autant plus crucial dans les contextes de conflits, de crises, de relèvement et de consolidation de la paix. De fait, une telle ambition ne peut se concrétiser qu’en reconnaissant que la protection des journalistes est le garant indispensable de l’accès à une information libre et vérifiée.
Lusaka est sur le point d’ analyser les stratégies adoptés par les plateformes numériques, les algorithmes et l’intelligence artificielle. Les participants vont décortiquer comment les cadres de gouvernance et d’éducations aux médias et à l’information reconfigurent la liberté d’expression.
Le soutien aux médias locaux
Face au médias Mainstraim, plusieurs déconnexions se ressentent ces dernières années. L’information est polarisée autour des enjeux globaux. Or, l’information locale est vitale : elle crée des opportunités économiques et ouvre des débouchés pour les jeunes et favorise la paix . Lusaka se veut inclusif. Les voies vers des écosystèmes médiatiques viables, indépendants et pluralistes à l’ère du numérique seront aussi au programme demain.
Il est important de souligner l’apport de la presse dans la déconstruction du racisme. Ces deux décennies, en Afrique du Sud, depuis 2001, une certaine presse favorise la xénophobie envers les Africains, avec l’affirmation que les migrants volent les emplois. Pour Thami Mazwai, ancien journaliste et ancien dirigeant du quotidien Sowetan, il est essentiel d’éduquer la population en intégrant des rubriques permettant de briser l’isolement des entrepreneurs des townships. C’est ce qu’il a fait à travers la rubrique « Business » du Sowetan.
Mazwai appelle de ses vœux le regroupement des achats directement aux usines sous le modèle des coopératives. Il demande d’intégrer la formation dans la culture de l’entrepreneuriat et la fin de l’isolement en développant des collectifs d’entrepreneurs. La presse devrait ainsi suivre cette évolution pour transformer la perception du township, de zone de consommation en zone de production, préconise l’ancien rédacteur en chef.
Quelles opportunités en France ?
En France, on observe un phénomène similaire. L’information sur les quartiers prioritaires et les banlieues reste prisonnière des faits divers et de la politique. Elle délaisse les enjeux réels de l’entrepreneuriat local. Avec le Sowetan, Thami Mazwai, a su utilisé la presse pour transformer les townships en pôles de production.
A l’inverse, le système médiatique français peine à proposer des outils de compréhension économique. Ce manque de d’initiative économique locale vulgarisée dans les médias généralistes contribue à l’isolement des entrepreneurs. La presse est d’ailleurs peu lue par la jeunesse. Cette dernière privilégie les réseaux sociaux. Il manque un média local adapté. Ce média doit traduire les opportunités économiques pour la jeunesse. Actuellement, le potentiel de production des banlieues est ignoré. Sans cet outil, les quartiers populaires restent inexploités.
Par Houmi Ahamed
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