« Rien sur nous sans nous »-Deborah Sanchez- CLARIFI

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« Rien sur nous sans nous » – Deborah Sanchez, directrice de l’Initiative pour les droits fonciers communautaires et le financement de la conservation (CLARIFI)

DeborahSanchez-« Rien sur nous sans nous »

À la suite de la COP17 de la CNULCD, en amont des COP sur le climat et sur la biodiversité, Era Environnement s’est entretenu avec Deborah Sanchez, originaire du Honduras. Elle est la directrice de l’Initiative pour les droits fonciers communautaires et le financement de la conservation (CLARIFI). Au cours de cet échange, Mme Sanchez a abordé la participation des peuples autochtones, des populations afro-descendantes et des communautés locales à la gouvernance multilatérale. Elle a présenté les priorités politiques pour la restauration des terres gérée par les communautés, la sécurisation du régime foncier et les mécanismes de financement direct pour le climat.

Era Environnement : Quel est le rôle des peuples autochtones à travers les grandes conventions internationales cette année ?

Deborah Sanchez : Dans l’ensemble des forums mondiaux, nous plaidons pour une représentation et une action directes. Lors de la COP17 de la CNULCD, nous avons créé un caucus formel des communautés locales. Nous avons organisé le tout premier événement parallèle dédié aux Afro-descendants. Nous nous sommes opposés aux points de l’ordre du jour qui tentaient d’effacer notre reconnaissance spécifique, et nous avons présenté des demandes claires en matière de financement direct. Il y a deux ans à Cali, en Colombie, un pas historique a été franchi avec la création de l’Organe subsidiaire sur l’article 8(j). Alors que nous progressons dans le processus sur la biodiversité vers la COP17 de la CDB et en vue de la COP31 de la CCNUCC, nous mobilisons l’ensemble de nos preuves pour plaider en faveur d’une pleine représentation dans tous les mécanismes de gouvernance du climat et de la biodiversité de l’ONU.

Era Environnement : Dans vos récentes déclarations à la COP17, vous avez mis en avant deux messages clés : « Rien sur nous sans nous » et « La mise en œuvre, pas seulement la reconnaissance ». Que signifient ces principes en pratique ?

Deborah Sanchez : Nous ne demandons pas une simple consultation. Nous exigeons une participation significative à la prise de décision. Cela signifie une place à la table des négociations, et non en tant qu’observateurs, mais en tant que partenaires égaux capables de façonner les résultats. Nous avons obtenu une reconnaissance sans précédent des droits des autochtones sur le papier. Mais la reconnaissance sans mise en œuvre reste une coquille vide. Nous avons besoin d’un accès direct aux financements, de droits fonciers sécurisés et d’une réelle volonté politique pour traduire ces droits en terres, en moyens de subsistance et en dignité.

Era Environnement : Concernant le statut institutionnel de CLARIFI, comment ces subventions parviennent-elles concrètement aux communautés locales et aux peuples autochtones sur le terrain ?

Deborah Sanchez : C’est exactement le défi auquel nous répondons. Grâce à CLARIFI, nous avons mis en place un mécanisme de financement direct qui contourne les goulots d’étranglement traditionnels des grandes institutions. Nous travaillons directement avec des organisations dirigées par des autochtones, des communautés locales et des Afro-descendants qui sont déjà sur le terrain. Elles connaissent les communautés, parlent leurs langues et comprennent les contextes culturels et politiques. Nous n’envoyons pas de fonds par l’intermédiaire d’ONG internationales ou d’intermédiaires gouvernementaux. Nous soutenons des organisations dirigées par les ayants droit qui bénéficient de la confiance de leurs communautés. Elles identifient les priorités, conçoivent les projets et mettent en œuvre les solutions. Ce n’est pas de la théorie : c’est ainsi que nous avons déjà fait progresser les droits fonciers sur 1,18 million d’hectares et eu un impact positif sur 1,6 million de personnes.

Era Environnement : Qu’a accompli CLARIFI depuis votre nomination au poste de directrice en 2023, et comment les financements ont-ils bénéficié aux communautés d’Afrique et d’Amérique latine ?

Deborah Sanchez : Tout d’abord, nous avons renforcé la gouvernance de CLARIFI pour veiller à ce que nos prises de décision soient directement dirigées par les ayants droit. Ensuite, nous avons élargi notre empreinte en matière d’octroi de subventions à 29 pays, en apportant un soutien financier à plus de 101 organisations dirigées par des peuples autochtones, des communautés locales, des Afro-descendants, des pastoralistes, des femmes et des jeunes. Grâce à ces efforts, nous avons canalisé avec succès des ressources cruciales directement vers les communautés de première ligne en Afrique et en Amérique latine. Nous préparons actuellement un rapport d’impact pour la COP31 afin de présenter officiellement ces réalisations.

Era Environnement : Si l’on regarde le travail de CLARIFI à travers les régions, existe-t-il en Afrique, comme au Cameroun, des initiatives communautaires réussies qui offrent des stratégies modèles pour l’Amérique latine, comme au Honduras, ou inversement ?

Deborah Sanchez : Ce qui fonctionne en Afrique peut certainement éclairer ce que nous faisons en Amérique latine, car les défis fondamentaux sont remarquablement similaires : le manque de sécurité foncière, un accès limité aux financements et une exclusion systémique des prises de décision. Les solutions de fond s’alignent également : une gouvernance communautaire, un financement direct et la reconnaissance officielle des droits coutumiers. Cette année, nous avons organisé deux événements d’apprentissage majeurs en Afrique : l’un en RDC pour les pays francophones, et l’autre au Kenya pour les régions anglophones. Ces espaces permettent aux organisations locales de partager des leçons essentielles et des stratégies éprouvées. Même si nous n’avons pas encore développé cela à l’échelle mondiale, la création de ces espaces d’échange régionaux constitue la première étape essentielle vers une adaptation transcontinentale.

In 2013, Houmi Ahamed founded Era Environnement, an independent media platform dedicated to solutions journalism and environmental education. The project has evolved from a non‑profit initiative to an entrepreneurial venture. It is currently undergoing restructuring in France. The goal is to strengthen its mission of supporting youth and communities in ecological transition.

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