Feux de forêt : « Nous avons encore une guerre de retard »- Sophie Panonacle
« Nous avons encore une guerre de retard »- Sophie Panonacle
Cet été, la France et tout particulièrement les départements de la Gironde et
des Landes sont ravagés par des feux géants. Le constat est accablant : des
dizaines de milliers d’hectares partis en fumée avec des conséquences
désastreuses sur l’environnement et des centaines de milliers de personnes
déplacées avec des impacts graves sur leur état de santé. Le bilan est lourd : des
dizaines de sapeurs-pompiers blessés, des centaines de maisons et de locaux
commerciaux détruits, des milliers d’entreprises à l’arrêt.

Les raisons de la colère
Depuis les mégafeux de La Teste et de Landiras en 2022, qu’avons-nous raté ?
Qu’est-ce qui ne va pas dans notre pays ? A l’évidence, ce sont les catastrophes
qui déclenchent les moyens, alors que ce sont les moyens qui devraient éviter les
catastrophes. Le choix est de payer les dégâts plutôt que d’investir dans la
prévention. C’est ainsi. Nous avons un problème avec l’anticipation. Pourtant
l’inaction coûte beaucoup plus cher.
En 2026, force est de constater que les promesses ne sont pas intégralement
tenues. Le choc émotionnel passé, l’oubli opère. Notre modèle réagit à chaud sans
tenir compte des alertes répétées des scientifiques.
Nous nous réjouissons que les maires et leurs équipes gèrent, dans l’urgence, la
protection de leurs populations. Nous nous félicitons que l’héroïsme des sapeurs
pompiers, la solidarité entre les forces de sécurité, la mobilisation des personnels
de santé et la générosité citoyenne fonctionnent à plein et en font oublier les
conséquences de l’imprévisibilité.
La guerre du feu exige plus de moyens matériels et humains
La polémique sur le nombre d’aéronefs commandés n’est pas à la hauteur des
enjeux. A l’évidence, la quantité de Canadairs et d’appareils équivalents est trop
faible pour pouvoir intervenir dès les feux naissants. De même, les moyens aériens
doivent être basés à proximité des massifs les plus à risque. La forêt des Landes
de Gascogne en est un. Le courage des sapeurs-pompiers n’est pas la variable d’ajustement aux crises climatiques récurrentes. Ils méritent mieux que des tonnerres
d’applaudissements. Au-delà de ce qui a déjà été fait, nous devons sans attendre
améliorer le statut des professionnels et les modalités d’engagement des
volontaires.
Les coupes tactiques engagées à la hâte témoignent de notre négligence
coupable. Aussi, à l’écoute des services de la Sécurité civile, de l’ONF et en
concertation avec la DFCI, il s’agit de créer les protections indispensables pour les
populations des communes en lisière des espaces forestiers. De même, il faut
prévoir des pare-feux encadrant un lot de parcelles d’une surface qui ne devrait
pas excéder 1 000 hectares. Il est également indispensable de multiplier les chemins d’accès pour les pompiers, les bornes d’incendie et les points d’eau.
En résumé, un nouveau modèle d’exploitation de la forêt de production doit être
engagé. C’est le sens du travail législatif que je porte avec des députés et
sénateurs de tous bords politiques. Il est urgent de passer à l’action en finançant un grand pacte national d’adaptation pour répondre aux conséquences de la sécheresse, des inondations, de l’érosion côtière, de la perte de biodiversité… Le changement climatique ne nous attend pas. Il bouleverse déjà la vie de nos concitoyens et l’intégrité de nos territoires.
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